18-20 janv. 2017 ENS - IFÉ, 19 Allée de Fontenay, 69007 Lyon (France)
Phia Ménard, l'identité transgenre mise à nu sur piste
Carlotta Amodeo  1  
1 : Université Paris Ouest
Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Le cirque contemporain se veut de plus en plus un genre de contenus, où la matière sociale se fond avec la dramaturgie et l'expérimentation esthétique. Dans ce contexte, nombre d'artistes questionnent leur propre corps au prisme du genre. Si les disciplines circassiennes traditionnelles envisagent le corps de l'interprète en tant qu'outil de travail, conforme à sa sexualité et à son genre biologique, les pièces contemporaines s'interrogent sur la mise en scène d'un corps-sujet, remettant en cause le genre à partir des codes esthétiques, corporels et sociaux. Les nouvelles mises en scène de ce corps, souvent différent et/ou évoquant l'image du freak, cachent des discours visant à attribuer la parole aux minorités sociales et à révéler des réalités autres.

Par cette communication on se propose de questionner les créations de Phia Ménard, jongleuse, danseuse et metteure en scène transgenre. Par la recherche esthétique, cette artiste s'interroge sur la notion de changement et sur la notion d'identité, qui investit à la fois la nature et son propre corps. Plus particulièrement, on analysera deux créations emblématiques de sa production : P.P.P (2008), pièce écrite au lendemain de sa décision de changer de sexe, où elle explore la transition du masculin au féminin ; et Vortex (2011), pièce explorant les changements que son corps et sa personne traversent. En introduisant le principe d' « injonglabilité complémentaire des éléments » ( I.C.E.), Phia Ménard arrive à nier la possibilité de jongler les éléments naturels. L'impossibilité de maîtriser la nature reflet la précarité de l'individu, de l'artiste, de la personne transexuelle. Et, en même temps, elle représente le défi permettant l'affirmation de sa personne, de sa singularité, de sa diversité.

Par ces créations, l'artiste ne se limite pas à revendiquer son identité transgenre, mais affirme également sa nouvelle identité féminine, trouvant son écho dans la pratique performative du genre, et plus particulièrement dans les définitions données par Judith Butler et Michel Foucault, investissant son corps, en tant qu'artistes et individus. Il s'agira plus particulièrement dans cette étude de mettre en lumière les procédés artistiques par lesquels les théories sociologiques trouvent une application sur la scène d'un spectacle de cirque, où les corps de cette jongleuse se dépouillent de leur habitus habituel pour devenir porteurs d'une analyse sociale, voire d'une revendication identitaire.


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