18-20 janv. 2017 ENS - IFÉ, 19 Allée de Fontenay, 69007 Lyon (France)
Jeudi 19
Atelier 6
Animation : Nathalie Almar, maîtresse de conférence en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de La Réunion
› 16:30 - 17:00 (30min)
› IFE Salle 1
Entre tradition et création, la chorégraphie classique face au genre
Laura Cappelle  1  
1 : Centre de recherche sur les liens sociaux  (CERLIS)  -  Site web
CNRS : UMR8070, Université Paris V - Paris Descartes
Centre des Saints-Pères 45 rue des Saints-Pères 75006 PARIS -  France

Mots clefs : danse, chorégraphie, création, genre, carrière

 

Parmi les formes scéniques occidentales, la danse classique apparaît comme tout particulièrement contrainte par ses normes de genre. Hélène Marquié l'a identifiée comme « paradigme de différenciation » genrée au sein des techniques dansées, et cette différenciation s'exprime à la fois dans le processus de socialisation propre aux danseurs classiques, qui intègrent pour la plupart des formations professionnelles très jeunes, et dans la division sexuée du travail propre aux grands ballets du répertoire hérités du XIXe siècle. Les compagnies classiques sont pourtant également un outil de création pour les chorégraphes actuels, fonction qui permet de s'interroger sur la manière dont les notions de « féminin » et de « masculin » sont perpétuées ou reconfigurées dans les œuvres produites aujourd'hui.

À partir d'un travail comparatif international réalisé auprès de trois compagnies en France, en Russie et aux Etats-Unis, je me propose donc de mettre en valeur l'articulation entre socialisation des danseurs classiques, à la fois physique et imaginaire à travers le répertoire chorégraphique appris, et circulation des normes de genre au fil du processus de création artistique. En contradiction avec la féminisation généralisée de la profession, les chorégraphes classiques ou néoclassiques1 restent en effet en grande majorité des hommes, alors même que les danseuses dominent l'effectif des compagnies de ballet. Les divisions sexuées inhérentes à la technique classique, notamment les pointes, ont par ailleurs contribué à entretenir des différences très marquées sur le plan des rôles, que les œuvres concernées soient narratives ou abstraites, par le biais notamment du travail de partenariat.

La communication s'appuiera sur le travail de terrain réalisé auprès du Ballet de l'Opéra de Paris, du Ballet du Bolchoï à Moscou et du New York City Ballet, qui a consisté dans chaque cas à observer les répétitions d'une création chorégraphique et à réaliser des entretiens approfondis avec les participants (chorégraphe, danseurs, répétiteurs). Des données quantitatives recueillies sur les créations réalisées au sein de compagnies classiques ces dix dernières années viennent compléter cette étude.

Dans le cadre de ce travail sur genre et création, je reviendrai notamment sur la carrière d'un artiste rencontré d'abord comme danseur en 2011, qui est passé de l'autre côté du miroir pour chorégraphier en 2015, et sur les entretiens réalisés à ces deux occasions, pour tracer une trajectoire chorégraphique au prisme du genre. Je m'appuierai également sur le processus de création d'une nouvelle version chorégraphique de La Mégère apprivoisée par le chorégraphe français Jean-Christophe Maillot au Ballet du Bolchoï en 2014, et sur les normes de genre mises en jeu à travers la transposition de la pièce de Shakespeare, la confrontation avec une compagnie russe saturée de traditions, et à travers des répétitions dirigées par un chorégraphe assisté de sa muse et compagne, dont le rôle créatif invite à s'interroger sur le rôle du genre dans les choix de carrière.

1 Selon le terme utilisé au XXe siècle pour distinguer les créations utilisant la technique classique de manière nouvelle ou décalée.


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