18-20 janv. 2017 ENS - IFÉ, 19 Allée de Fontenay, 69007 Lyon (France)

Intervenant·es > Benac-Giroux Karine

Jeudi 19
Atelier 3
Marie Buscatto, professeure de sociologie, Université Paris I-Panthéon Sorbonne, IDHES et Sylvie Octobre, chargée d’études au Deps, MCC
› 10:30 - 11:00 (30min)
› IFE Salle de Conférence
D'une sorcière à l'autre : stéréotypes et normes de genre dans les pièces chorégraphiques et performatives d'Annabel Guérédrat
Karine Benac-Giroux  1  
1 : Centre de recherche sur les pouvoirs locaux dans la caraibe  (CRPLC)  -  Site web
CNRS : UMR8053, Université des Antilles et de la Guyane
Campus univ. de Schoelcher - BP 7209 97275 SCHOELCHER CEDEX -  France

Mots clefs : Performance, féminité, norme, genre, Antilles

Dans ses spectacles, trios, solos ou solos performatifs, Annabel Guérédrat, danseuse, chorégraphe et performeuse martiniquaise travaille sur les questions de féminité, aux prises avec un héritage multiculturel où le rôle et la place de la femme ont été extrêmement codifiés (femme poteau-mitan etc). Ce travail vise à transgresser les normes de genre, à travers le refus d'un corps hyperféminisé et obéissant aux injonctions sociétales, et son corollaire, la mise en présence d'un corps désarticulé, animalisé, voire pourrait-on dire, obscène. Dans des pièces ou solos performatifs tels que « A freak show for S. » ou « Un solo qui va pas plaire à ma mère », le corps donné à voir est aux prises avec les conditionnements qu'il tente de mettre à distance, de ridiculiser ou d'objectiver.

Dans sa dernière création « Valeska and you », solo performatif (créé le 17 novembre 2015 à l'Atrium) le jeu sur le travestissement et la nudité donne à voir un corps hors-norme, ni homme ni femme, ou qui brouille en tout cas les catégories préétablies. Le dialogue avec Valeska Gert, danseuse berlinoise des années 30 y est l'occasion de mettre en scène la figure de la sorcière (surnom de Valeska Gert), figure qui cristallise les discours normatifs, comme en témoigne par exemple l'ouvrage de Michelet. Le corps de la sorcière est ici espace de transgression jubilatoire, pétri de codes rythmiques et gestuels en osmose avec le carnaval antillais, moment de renversement des répartitions genrées, mais trouvant dans la transe un rapport inédit au public, au batteur ou à son propre corps. La voix de la performeuse travaille également en résonance avec cette thématique, se raillant des présentations médiatiques usuelles et jouant de toute la gamme des injonctions genrées (speakerine élégante, petite fille studieuse) pour explorer l'espace du cri, du hurlement, du chuchotement etc. La parole du public interviewé devient à son tour performance, voire contribue à créer la transe collective, d'une résonance à l'autre.

Une enquête sera menée auprès d'une dizaine d'étudiants ayant assisté à cette dernière, création, notamment autour de la réception (et de la réflexion collective : ces spectacles sont commentés en cours) des questions de normes et stéréotypes, transmission du féminin, des injonctions aux Antilles, de la perception du corps de la sorcière également, ainsi que du public comme co-créateur du spectacle. 


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