18-20 janv. 2017 ENS - IFÉ, 19 Allée de Fontenay, 69007 Lyon (France)

Intervenant·es > Sonnette Marie

Jeudi 19
Atelier 5
Animation : Geneviève Sellier, professeure en études cinématographiques, Université Bordeaux Montaigne
› 17:30 - 18:00 (30min)
› IFE Salle de Conférence
De la position à la posture : Assignations et revendications genrées hors et dans le monde du rap en France
Marie Sonnette  1  , Séverin Guillard  2  
1 : Espaces et Sociétés  (ESO)  -  Site web
Université d'Angers, CNRS : UMR6590
Maison de la Recherche en Sciences Sociales. Place du Recteur Henri Le Moal. 35043 RENNES CEDEX -  France
2 : LAB'URBA  (LAB'URBA)  -  Site web
Institut d'Urbanisme de Paris (IUP), Université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEMLV), Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne (UPEC) : EA3482
61 avenue du général de Gaulle 94010 Créteil Cédex -  France

Mots clés : rap français, sexisme, homophobie, banlieue, intersectionnalité

 

La position du rap français en termes de rapports sociaux de genre est une question imposée de la manière récurrente aux chercheurs travaillant sur cette musique. Souvent posée sous une forme telle que « mais le rap, c'est sexiste, non ? », elle assigne d'emblée cette musique à une position unique dans les rapports sociaux auquel le chercheur ne pourrait que répondre par l'affirmative. Or, contrairement à ce que cette assignation pourrait laisser supposer, les rapports de genre dans le rap s'inscrivent dans une complexité de jeux d'acteurs qui prennent place à la fois aux frontières et à l'intérieur des mondes artistiques qui lui sont propre. Cette communication aura pour objectif d'aborder certaines dimensions genrées du rap français dans une perspective intersectionnelle, en observant comment celles-ci se construisent à la fois dans la réception dominante des œuvres de rap et dans la division sexuelle du travail artistique au sein du monde professionnel du rap en France.

Du côté de la réception, tout d'abord, nous montrerons comment l'assignation de cette musique à une position unique dans les rapports sociaux de genre est construite par rapport à une réception dominante qui assimile le rap dans son ensemble à la figure du « jeune de banlieue » (Hammou, 2012). Nous observerons cela à travers une étude du traitement médiatique et scientifique qui a entouré les propos homophobes tenus par le groupe Sexion d'Assaut en 2010. Nous montrerons ainsi comment, à l'inverse d'un monde du rap qui considère les dires de ce groupe comme le fait d'une expression individuelle, la réception médiatique généraliste les assimile au rap dans son ensemble, et travers lui à un « milieu » social spécifique qu'il serait censé représenter. Par ce biais, le rap apparait ainsi défini comme une musique de l'« Autre ». Mais l'assignation à l'altérité se double également d'une assignation à territorialité (Hancock, 2008). Dans le traitement médiatique de l'affaire transparait l'idée que ces propos seraient le reflet de certains « espaces » dans lesquels se donneraient à voir des normes différentes de celles qui prévalent dans le reste de la société. Dans le cadre, l'accusation ou la défense du groupe, à la fois dans la sphère médiatique et scientifique, s'inscrit dans le cadre d'un débat qui vise à valider ou à contester une dichotomie entre « homosexuels des villes » et « homophobes des banlieues » (Fassin, 2010).

On s'attachera alors à démontrer que, à l'intérieur même du monde du rap, cette position unique du genre musical dans les rapports sociaux de genre fait également l'objet de débat. À partir du cas de plusieurs rappeuses contemporaines, on montrera que la représentation extérieure du rap comme musique de l'« Autre » a des conséquences sur les postures de genre adoptées par les artistes étudiées. Par exemple, nous observerons que, bien qu'en infime minorité dans le monde professionnel du rap en France, un certain nombre de rappeuses refusent de se dire féministes afin de ne pas se trouver englobées dans un mouvement qu'elles perçoivent délégitimant pour leurs confrères rappeurs. Néanmoins, à travers l'examen de leurs parcours, nous constaterons la présence de discours où la norme du rap comme milieu masculin est retravaillée, débattue et contestée. Dès lors, loin de donner à voir une position unique en termes de rapport de genre, l'étude des rappeuses met en évidence une diversité de postures vis-à-vis de cette question qui se place à l'intersection de différents rapports de domination.

Cette communication s'appuiera sur les enquêtes des deux intervenants, comprenant des observations ethnographiques, des entretiens semi-directifs avec les artistes et leur entourage professionnel et des analyses internes et externes de leurs œuvres.

 

 

Bibliographie

Fassin E., 2010, « Homosexuels des villes, homophobes des banlieues ? », Métropolitiques, en ligne sur http://www.metropolitiques.eu/Homosexuels-des-villes-homophobes.html, consulté le 01/12/15

Hammou K., 2012, Une Histoire du rap en France, Paris, La Découverte, 302 p.

Hancock C., 2008, « Décoloniser les représentations : esquisse d'une géographie culturelle de nos ‘Autres' », Annales de géographie, n°660-661, vol 2-3, pp. 116-128

Raibaud Y., 2011, « De nouveaux modèles de virilité : musiques actuelles et cultures urbaines », in Welzer-Lang D., Zaouche-Gaudron C., Masculinités : Etat des lieux, Erès, pp.169-181


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